Pourquoi garder des liquidités dans son portefeuille ? Cinq raisons à connaître

Sur un relevé d’investissement, la ligne « espèces » peut donner l’impression d’un argent qui ne sert à rien. Pourtant, elle peut avoir une fonction précise : financer un projet proche, amortir les fluctuations du portefeuille ou permettre un rééquilibrage. Elle peut aussi simplement être là parce qu’un titre a été vendu et que la suite n’a pas encore été décidée.

Alors, pourquoi garder des liquidités dans son portefeuille ? La bonne réponse dépend surtout de ce que cet argent doit faire et du moment où vous en aurez besoin. Garder des espèces sans objectif pendant des années n’a pas les mêmes conséquences qu’en conserver quelques semaines avant une dépense connue.

1. Pouvoir payer une dépense sans vendre au mauvais moment

Un achat immobilier, des travaux ou un impôt à régler prochainement ne devraient pas dépendre du cours de la Bourse le jour où la facture arrive. Une réserve disponible peut éviter de vendre des placements après une baisse simplement parce que l’argent est devenu nécessaire.

Il faut toutefois distinguer épargne de précaution et portefeuille d’investissement. La première sert à absorber les imprévus de la vie courante et doit rester facilement accessible. Les liquidités du portefeuille répondent plutôt à une décision d’allocation ou à un besoin lié aux investissements. Mélanger les deux peut conduire à prendre trop de risques avec une somme indispensable à court terme.

L’Autorité des marchés financiers (AMF) recommande de définir son objectif et son horizon de placement avant de choisir un produit. C’est un point de départ plus utile que de chercher un pourcentage de liquidités « idéal » valable pour tout le monde.

2. Réduire les variations de la valeur du portefeuille

Une part non investie en actions ne suit pas directement leurs hausses et leurs baisses. Si les marchés chutent, cette part peut donc limiter la baisse immédiate de la valeur totale du portefeuille. En contrepartie, elle participe moins à une éventuelle reprise.

Par exemple, imaginons deux portefeuilles de 10 000 €, dont l’un est entièrement investi en actions et l’autre comprend 8 000 € d’actions et 2 000 € de liquidités sans intérêts. Si les actions baissent de 20 %, le premier perd 2 000 € et le second 1 600 €. Si elles montent de 20 %, le premier gagne 2 000 € et le second 1 600 €. Cet exemple simplifié ne prédit aucun rendement : il montre seulement ce que change une exposition moins forte aux actions.

La trésorerie n’est donc pas une protection gratuite. Elle modifie l’équilibre entre variations à court terme et potentiel de rendement. L’AMF rappelle que même un placement en actions détenu longtemps peut subir des pertes.

3. Rééquilibrer sans devoir vendre immédiatement

Certains investisseurs fixent à l’avance une répartition cible entre actions, obligations et liquidités. Si les marchés évoluent, cette répartition change mécaniquement.

Prenons une cible fictive de 70 % d’actions, 20 % d’obligations et 10 % de liquidités. Après une forte hausse des actions, celles-ci peuvent représenter davantage que 70 % du portefeuille. Les nouveaux versements ou les liquidités disponibles peuvent alors servir à renforcer les catégories devenues sous-pondérées, sans vendre nécessairement les positions qui ont progressé. Cette démarche peut aussi limiter certains frais de transaction, selon le compte et les opérations concernées.

Un rééquilibrage ne garantit ni un meilleur rendement ni l’absence de pertes. Son intérêt est surtout de ramener le portefeuille vers le niveau de risque choisi. L’AMF explique le principe de la diversification et de l’adaptation de l’épargne à chaque objectif.

4. Laisser le temps de décider après une vente ou un versement

Toutes les liquidités ne résultent pas d’une stratégie de long terme. Elles peuvent apparaître après la vente d’un titre, le versement d’un dividende ou un dépôt qui n’a pas encore été investi.

En France, un compte-titres ordinaire (CTO) fonctionne avec un compte-espèces : les achats y sont débités, tandis que les ventes et les revenus des titres y sont crédités. L’AMF décrit ce fonctionnement du compte-titres. La présence d’argent sur ce compte ne signifie donc pas nécessairement que son titulaire a décidé de conserver durablement des liquidités.

Il peut être raisonnable de prendre le temps de vérifier un nouvel achat. Mais si l’argent non investi sur un compte-espèces s’accumule mois après mois, mieux vaut lui attribuer une fonction claire : réserve temporaire, projet proche ou montant destiné à être investi selon un calendrier défini.

5. Garder une marge de manœuvre pour de futurs achats

Des liquidités disponibles permettent d’investir sans attendre un nouveau virement. Cela peut être utile lorsqu’un investisseur suit une allocation précise ou souhaite acheter progressivement.

Cette souplesse a néanmoins une limite : attendre « le bon moment » peut se prolonger indéfiniment. Une baisse peut être suivie d’une autre baisse ; une hausse peut continuer plus longtemps que prévu. Plutôt que de faire dépendre chaque décision d’une prévision de marché, on peut se demander à l’avance quel montant restera liquide, dans quelles circonstances il sera investi et à quelle fréquence cette décision sera revue.

Le coût des liquidités : rendement manqué et inflation

Conserver du cash a un coût potentiel. Lorsque les marchés progressent, la somme restée à l’écart ne profite pas de cette hausse. Il ne s’agit pas d’une perte certaine : les marchés peuvent aussi reculer. C’est un manque à gagner possible, qui devient plus important à examiner quand l’horizon d’investissement est long.

L’inflation est l’autre élément à regarder. Si 10 000 € ne rapportent rien pendant un an et que les prix augmentent de 3 % sur cette période dans cet exemple purement hypothétique, leur pouvoir d’achat à la fin de l’année correspond à environ 9 709 € en euros du début de l’année : 10 000 ÷ 1,03. Le solde affiché reste de 10 000 €, mais il permet d’acheter moins. La Banque de France explique le lien entre inflation et pouvoir d’achat.

Un éventuel intérêt peut compenser une partie de cet effet, mais il faut regarder le taux réellement appliqué, les conditions, les frais et la fiscalité. Le traitement des liquidités varie selon l’établissement et le type de compte : il ne faut pas supposer qu’un solde non investi est automatiquement rémunéré.

Compte-espèces, livret et fonds monétaire : ce n’est pas la même chose

Le mot « liquidités » peut recouvrir plusieurs supports. Leur disponibilité, leur rémunération, leurs risques et leur protection juridique ne sont pas identiques.

SupportCe qu’il faut comprendre
Compte-espèces associé à un CTO ou à un PEAIl sert aux mouvements d’argent liés aux investissements. Il faut vérifier qui détient effectivement les fonds, les conditions de rémunération et les règles propres à l’enveloppe, notamment pour un PEA.
Compte ou livret bancaireIl s’agit d’un dépôt auprès d’une banque, avec des règles de rémunération, de retrait et de garantie qui dépendent du produit.
Fonds monétaireIl s’agit d’un fonds investi principalement sur des instruments de court terme. Sa valeur peut fluctuer : ce n’est pas un dépôt bancaire ni un capital automatiquement garanti. Il faut lire son document d’informations clés et ses frais.

La différence entre fonds monétaire et dépôt bancaire compte notamment en cas de défaillance de l’établissement. En France, le Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR) indique que les dépôts bancaires éligibles sont couverts, en principe, jusqu’à 100 000 € par client et par établissement. Un compte-espèces associé à des titres conservés par une banque entre dans ce plafond avec les autres dépôts bancaires du client. Si les titres sont conservés par une entreprise d’investissement, les espèces associées relèvent, selon les conditions applicables, de la garantie des titres, avec un plafond distinct de 70 000 €. Ces garanties visent la défaillance d’un intermédiaire ; elles ne compensent pas une baisse de marché.

Pour un fonds monétaire, la question est différente : on détient des parts d’un placement collectif. L’AMF rappelle que les fonds comportent des risques et que leur capital n’est généralement pas garanti. Avant d’y transférer une réserve, il faut comprendre le produit précis plutôt que de se fier au seul mot « monétaire ».

Combien de liquidités garder dans un portefeuille ?

Il n’existe pas de pourcentage universel. Une personne qui doit utiliser une somme dans six mois n’a pas le même besoin qu’une personne qui investit pour plusieurs décennies. De même, un investisseur disposant déjà d’une épargne de précaution accessible n’a pas forcément besoin de constituer une seconde réserve identique dans son compte d’investissement.

Pour choisir un montant, posez-vous quatre questions :

  1. Quand cet argent devra-t-il être utilisé ? Une dépense proche appelle généralement plus de disponibilité qu’un objectif lointain.
  2. Existe-t-il déjà une réserve de précaution en dehors du portefeuille ? Sinon, cette priorité mérite d’être examinée avant d’accroître le risque des placements.
  3. Quel niveau de variation pouvez-vous réellement supporter ? La réponse doit rester valable lorsque les marchés baissent, pas seulement lorsqu’ils montent.
  4. Pourquoi ce montant est-il actuellement liquide ? S’il n’a ni rôle, ni horizon, ni règle de réexamen, il peut s’agir d’un solde oublié plutôt que d’un choix réfléchi.

Revoir ces réponses une ou deux fois par an, ou lorsqu’un projet de vie change, suffit souvent à distinguer une réserve utile d’une somme immobilisée par habitude.

FAQ

Est-il toujours prudent de garder beaucoup de liquidités ?

Non. Une réserve importante peut réduire les fluctuations à court terme et faciliter une dépense proche, mais elle peut aussi perdre du pouvoir d’achat ou rester à l’écart d’éventuelles hausses des marchés. Sa pertinence dépend de son objectif et de sa durée de détention.

L’argent laissé sur un compte-espèces rapporte-t-il des intérêts ?

Pas nécessairement. La rémunération, lorsqu’elle existe, dépend du contrat et de l’établissement. Vérifiez les conditions applicables au compte concerné, ainsi que les frais et la fiscalité éventuels.

Faut-il garder l’épargne de précaution sur un compte-titres ?

Pas automatiquement. Une épargne destinée aux urgences doit avant tout être accessible dans les conditions qui vous conviennent. Vérifiez aussi où les fonds sont détenus et sous quelle garantie ils se trouvent. Le compte-titres répond d’abord à une logique d’investissement.

Un fonds monétaire est-il aussi sûr qu’un dépôt bancaire ?

Ce sont deux produits différents. Un fonds monétaire peut comporter un risque de perte en capital et n’est pas couvert comme un dépôt bancaire par la garantie des dépôts. Examinez ses risques, ses frais et ses délais de rachat avant de l’utiliser pour des sommes dont vous pourriez avoir besoin rapidement.

Garder des liquidités permet-il de profiter d’un krach boursier ?

Cela donne la possibilité d’acheter, mais ne permet pas de reconnaître à coup sûr le point bas ni de garantir un gain. Définir à l’avance les conditions d’investissement peut aider à éviter que l’attente d’un « meilleur moment » ne devienne permanente.

Avertissement

Cet article est fourni à titre d’information générale et ne constitue ni un conseil en investissement personnalisé, ni une recommandation d’achat ou de vente, ni un conseil fiscal ou juridique. Les exemples chiffrés sont hypothétiques. Tout investissement comporte des risques, y compris un risque de perte en capital. Les règles de garantie et de fiscalité dépendent du produit, de l’établissement et de la situation individuelle ; vérifiez les documents contractuels et, si nécessaire, consultez un professionnel qualifié.

Iva Buće est titulaire d’un master en économie, spécialisée en marketing digital et en logistique. Elle allie rigueur analytique et sens de la communication pour rendre les sujets liés à l’investissement et à l’éducation financière plus accessibles. Chez Finorum, elle écrit sur la finance, les marchés et l’impact de la technologie sur les tendances d’investissement en Europe.

Sources & References

Additional educational resources

trading.com
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